Autrefois, je jouais de l'harmonica chez les scouts. Accompagner les chansons, tu connais ? Dans le groupe de danse folklorique auquel j'ai participé pendant mon enfance, « l'accordéon » était l'instrument central. Bien plus tard, j'aurais la chance de faire connaissance, par le biais du Bosniaque néerlandais Nihad Hrustanbegovic et par notre compatriote Jef De Haes, avec quelque chose de bien différent que « cet accordéon » et cet « simple » harmonica. Ils m'ont fait découvrir un véritable instrument classique pour les grandes scènes.
Des promesses et davantage de concerts d'accordéon avec orchestre à cordes
Professeur d'accordéon notamment à l'académie musicale de Lierse et au Lemmens (LUCA School of Arts) Jef De Haes voulait à nouveau prouver tout ce qu'on peut faire avec l'accordéon. C'est un professeur enthousiaste, un pédagogue éminent qui sait motiver ses élèves comme peu d'autres et leur faire jouer des choses devant des salles combles dont on ne croyait pas possible. Ce fut une soirée de découvertes : découvrir les jeunes talents en était une, la seconde était de faire connaître des œuvres classiques (contemporaines) rarement ou jamais jouées pour accordéon et orchestre.
La jeune Jozefien Bergen, 14 ans, Andreas Cremer, 14 ans, Arlan Theuns, 17 ans, et Lieke Op't Roodt, déjà diplômée et professeur, étaient les solistes, accompagnés par l'orchestre à cordes La Passione sous la direction de Kris Stroobants et avec le pianiste Carl Vandoorne.
Comme toujours, nous sommes indulgents dans notre évaluation des concerts de scène devant un large public où se produisent des musiciens (très) jeunes. Ils ne sont pas encore complètement formés et sont plus facilement victimes du trac. Nous avons toute la compréhension pour cela, bien qu'il faut dire et écrire que si les nerfs ont menacé de perdre le contrôle, celui qui en était quelque peu affecté a pu très bien le cacher aux nombreux spectateurs.
Des créations mondiales!
Avec Transits du compositeur Marcel De Jonghe (°1934), la soirée de concert s'est ouverte. Jozefien Bergen (14 ans) a eu le privilège de la présenter en création mondiale avec l'orchestre. Une œuvre contemporaine, tout en étant inspirée classiquement, pleine de mélodie, de tensions qui se résolvent magnifiquement. Fais donc l'essai en tant qu'adolescent d'exécuter une toute nouvelle œuvre de manière impeccable ?
Andreas Cremer, 14 ans, a apporté de la compositrice nord-macédonienne Bete Ilin (°1982) une œuvre où les Balkans s'entrelacent, mais ne forment pas le fil conducteur de manière envahissante. Une œuvre un peu plus courte qui a été jouée de manière convaincante par le jeune soliste et l'orchestre. Celui qui doutait encore au début du concert si l'accordéon et l'orchestre pouvaient collaborer, en était maintenant convaincu.
Vivaldi a composé des concertos pour violon à la chaîne et l'un de ces concertos pour deux violons a été astucieusement adapté pour deux accordéons et orchestre à cordes. Andreas a de nouveau joué, aux côtés d'Arian Theuns (17 ans) qui a magnifiquement guidé et soutenu son plus jeune camarade. Les instruments italiens – l'Italie est par excellence le pays de l'accordéon – et la musique italienne : cela vivait!

Deux œuvres complètes du répertoire
Le compositeur ukrainien Igor Shamo (1925-1982) a écrit un concerto pour accordéon et orchestre qui mérite sa place sur les podiums internationaux. Une pièce musicale en quête, ample, développée, parfois pleine d'une énergie féroce, déterminée et convaincante. Arian Theuns, 18 ans, a su rendre magistralement tous ces éléments.
Le concert s'est terminé par une véritable apothéose, une première européenne d'un concerto pour accordéon et orchestre symphonique qui gisait quelque part poussiéreux de la main de Nikolai Silvansky (1916-1985, Ukraine). La soliste Lieke Op 't Roodt a pris possession du manuscrit qu'elle a rendu lisible, réduit pour ensemble à cordes, piano et (son) accordéon, numérisé, étudié et interprété magistralement.
La soirée s'est terminée par des applaudissements enthousiastes et à juste titre une ovation debout où le professeur Jef a reçu inopinément beaucoup de louanges d'Arian qui a spontanément lu un petit texte pour couvrir de fleurs son professeur, son mentor, son précurseur et oui, aussi ami.