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Junior Ballet Antwerp - Refonte du ballet classique « Cendrillon »

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· 10 min de lecture
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Junior Ballet Antwerp - Refonte du ballet classique « Cendrillon »

Junior Ballet Antwerp, le programme pré-professionnel sous la forme d'une « junior company » déploie actuellement tous les efforts. En studio, on répète intensivement une version contemporaine du ballet classique 'Cinderella' dans une chorégraphie d'Altea Nuñez et du directeur artistique Alain Honorez. Il construit ainsi rigoureusement sur l'héritage classique et y ajoute un large éventail d'éléments innovants, chaque petit rouage étant accordé les uns aux autres. Ce spectacle familial enchanteur sera présenté dans le magnifique Handelsbeurs. Klassiek-Centraal en saura davantage sur le making of.

-Junior Ballet Antwerp a déjà été vu dans différents styles et chorégraphies contemporains. Avec cette production, vous revenez à l'essentiel.

Alain Honorez: Nous avons commencé la quatrième saison avec beaucoup d'énergie et nous y allons cette année avec quelque chose de vraiment spécial. L'un des grands classiques auquel nous insufflons une nouvelle vie. L'histoire est construite de manière très créative comme une maison de légo, bloc par bloc. Nous avons choisi de construire une ligne narrative qui se rapproche davantage de notre société actuelle.

-Cela demande une explication.

A.H.: Nous nous éloignons quelque peu du conte de fées. La bonne fée qui apparaît sur scène... Nous nous sommes posé la question : comment pouvons-nous rendre l'histoire plus pertinente ? Nous avons commencé à travailler de manière plus personnelle et avons choisi de laisser la mère de Cendrillon, qui meurt au début de l'histoire, revenir en tant que fantôme, en tant qu'« esprit ». Elle veille au bien-être de sa fille et la guidera jusqu'au bal. C'est un énorme ajustement pour atténuer quelque peu la nature féerique. Un angle d'approche frais et original qui rend l'histoire plus réelle et met fortement en avant le lien familial. C'est une fusion de la réalité et de l'imagination et entre la tradition et la modernité.


© Filip Van Roe


©Alain Honorez

-Les jeunes gens grandissent dans une période difficile.

A.H.: Non seulement cela, nous voulions rendre le tout plus pertinent et le rapprocher davantage de la réalité. Tout le monde est confronté à un moment ou à un autre à la perte de membres de la famille ou d'amis. Comment pouvons-nous intégrer cet élément de manière imagée dans l'histoire ? Il s'agit de motifs et de variations, de l'amour sous de nombreuses nuances.

-Vous devez aussi tenir compte du nombre de danseurs dont vous disposez. Est-ce une limitation ou cela aiguise-t-il l'imagination ?

A.H.: JBA est un groupe assez petit. Nous sommes 15 cette année : 12 filles et 3 garçons. Quand une compagnie danse ce ballet, on parle déjà directement de 50 à 60 danseurs sur scène. Certaines compagnies le font encore plus grand ! Chez nous, c'est quelque chose de très intime, bien que la distribution soit agrandie avec les élèves de cinquième année de la Koninklijke Balletschool et quelques enfants de Prins Dries. Ainsi, nous doublons notre groupe et nous nous retrouvons également avec un peu plus de 30 danseurs sur le podium.

-Tous les jeunes gens qui suivent une formation avancée ici sont talentueux. Choisir quelqu'un pour un rôle principal est une tâche délicate !

A.H.: Nous avons bien sûr différentes distributions. Nous allons danser au Handelsbeurs au minimum huit représentations avec trois distributions différentes. JBA compte trois garçons. Nous donnons à chacun d'eux la chance de danser le rôle du prince. Ils reçoivent chacun une Cendrillon à leurs côtés. Les trois garçons ont aussi d'autres rôles dans la production, ils alterneront. Pour les filles, en plus de Cendrillon, il y a de nombreux beaux rôles, dont les demi-sœurs. Souvent, ces rôles sont représentés de manière très caricaturale. Ce n'est pas la voie que nous emprunterons.

-Un spectacle familial, et surtout pour les plus petits, demande un peu d'humour.

A.H.: Dans l'approfondissement des personnages, l'humour sera présent, notamment pour ce qui concerne les demi-sœurs : nous essayons d'y faire ressortir les caractéristiques des danseurs en question. L'une est hyperactive, l'autre est une je-m'en-foutiste. Je me souviens encore des paroles de Kathryn Bennetts quand elle travaillait la chorégraphie d''Impressing the Czar' de William Forsythe chez Ballet Vlaanderen : « Ne joue pas un personnage, mais deviens le personnage ».

-C'est un appel à leur capacité d'empathie et à leur créativité.

A.H.: Si les filles jouent leur rôle avec conviction, ce seront des actes particulièrement amusants.

-Du jeu de méthode !

A.H.: Avec le jeu nécessaire mais sans que cela ne devienne du surjeu. Notre slogan pour cette production: "C'est une représentation familiale pour tous ceux qui veulent continuer à rêver d'un lendemain meilleur." On me pose parfois la question: "Pourquoi Cendrillon? N'y a-t-il pas d'histoire nouvelle?" Je suis certainement partisan d'une pensée tournée vers l'avenir et d'introduire des choses nouvelles. Mais je suis aussi partisan de chérir l'héritage et de s'y appuyer. Les fondements du ballet classique doivent être respectés: la précision, l'élégance, la bravoure. Ces acquis doivent être transmis aux générations futures. Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Je vois ma tâche comme étant de le développer davantage pour que le public puisse apprécier et comprendre cette forme de ballet. Personne n'a intérêt à sortir un vieux dragon du placard. Cela ne convient plus à notre société. On peut encore apporter quelque chose basé sur cela et le présenter dans une nouvelle enveloppe accessible au public d'aujourd'hui. La pantoufle de verre devient chez nous une pointe. Toutes les jeunes dames vont joliment vêtues au bal en pointes.

-JBA se positionne comme jamais auparavant!

A.H.: Ce qui est très particulier, c'est que nous avons pu engager un orchestre en direct pour cette représentation. CASCO PHIL, la Philharmonie de Chambre Belge, sous la direction de Michiel Delanghe, est présente. De plus, quelque chose de très particulier se produira sur le plateau dans la visualisation de la représentation. L'architecture de la Handelsbeurs est très spécifique, très présente. L'espace est gigantesque. Les éléments de décor disparaissent dedans. C'est pourquoi nous utilisons l'espace lui-même comme décor. Il sera projeté en 3D. Toute l'architecture est en réalité esquissée en projection 3D pour ensuite ajouter les couleurs, les ambiances nécessaires et parfois même des images en mouvement. Ce sera époustouflant, même révolutionnaire. À la Handelsbeurs, une telle projection n'a jamais eu lieu auparavant. Les créateurs créent une plateforme 3D de tout l'espace, qui est intégrée dans l'ordinateur. Via l'animation, tout cela est complètement esquissé. À chaque élément décoratif de l'espace, on peut ajouter de la profondeur supplémentaire, une couleur différente, un alignement, etc… La combinaison de la danse, de la musique, de l'éclairage et de la projection 3D sera sans doute magique.


©Alain Honorez


©Alain Honorez

-Où le public s'assiéra-t-il?

A.H.: Nous travaillons également au développement d'un plan de salle. Il y a beaucoup à considérer. La Handelsbeurs n'est pas un opéra ou une salle de concert. Nous allons construire une structure complète où chaque rangée sera plus élevée que la précédente. Ce qui vous donne quand même le sentiment d'une tribune. Nous jouons à partir du 17 février huit représentations pendant les vacances de Crocus. En semaine, les représentations commencent à 20h et le dimanche à 17h. La vente de billets a commencé le 1er octobre.

-Vous travaillez à temps plein avec votre femme sur la chorégraphie et l'organisation. Être constamment sur le dos l'un de l'autre, cela ne cause jamais de tensions?

A.H.: Cela arrive, je suis très honnête à ce sujet. Partager ma vie avec Altea est un cadeau, nous nous complétons. Sa force est bien sûr son talent pour concevoir des chorégraphies: élaborer des motifs et des figures. Imaginer de nouvelles alliances entre la musique et la danse, composées principalement de mouvements de groupe. Ma contribution est de raconter l'histoire et d'approfondir les personnages. Quelque chose que j'ai aussi beaucoup aimé faire pendant ma carrière de danseur. De plus, je m'aventure pour la première fois dans la chorégraphie. Ce sont principalement des solos et des duos, que nous créons ensemble.

-Pouvez-vous transformer un ballet original à votre guise?

A.H.: Tout est nouveau. Il n'y a rien que nous avons emprunté à une autre version. Nous avons simplement commencé de zéro. La seule chose sur laquelle nous nous appuyons est la musique de Prokofjev, son alchimie musicale. Nous travaillons sur ce projet depuis près de deux ans maintenant. Les idées ont continué à bouillonner. Ce qui fonctionne est conservé et le reste a été éliminé comme du ballast. C'est un travail en cours. Établir aussi les contacts nécessaires. Qui conçoit et fabrique les costumes? Un jeune talent du cru, Jolien De Weerdt, qui travaille à l'atelier de costumes du Ballet Vlaanderen, s'est joint à nous. C'est sa toute première production qu'elle conçoit elle-même. Ria Van Looveren, qui a dirigé longtemps l'atelier de costumes de l'Opéra Ballet Vlaanderen, est à la retraite mais a une prédilection pour les costumes classiques et a immédiatement offert ses services. Elle coordonne tout. Pour une distribution, 94 costumes sont réalisés et ainsi nous en avons trois pour différents rôles!

-Au total, cette production doit avoir un devis géant!

A.H.: C'est pourquoi nous recherchons des sponsors! Il y a un risque à prendre. Je ne suis certainement pas impulsif à ce sujet et je procède de manière très intuitive. C'était déjà le cas en tant que danseur. Je sens que toutes les cartes sont bien en place. Nous faisons un très grand saut. Le moment est venu de remettre le ballet classique sur la carte en Belgique. Au cours des années précédentes, il y avait à peine de place pour cela. C'est nécessaire que nous en prenions soin.

-Vous vous posez en défenseur?

A.H. : La Belgique est connue mondialement pour son renouvellement, son engagement social, son inclusivité. D'accord, tout cela est important. Ce sont des choses auxquelles le grand public peut s'identifier parce qu'il les pratique et les vit lui-même. Mais moins nous présentons des pans de l'histoire au public, moins le public ne connaîtra et n'appréciera cette histoire. Ma vision : il y a une place pour toutes les formes d'art de la danse. Si nous voulons continuer à offrir un paysage culturel riche, nous devons pouvoir déployer tout notre potentiel. Ce qui est innovant aujourd'hui sera dépassé dans cinq ans. Imaginez que le KMSKA aurait jeté toutes les œuvres de Rubens pour privilégier l'art contemporain ! Les tableaux sont entourés des plus grands soins pour les générations futures. La restauration se fait avec minutie.

Dans le monde du ballet, ce souci et cette fierté sont également nécessaires. C'est à nous de les continuer à nourrir. C'est à notre génération de le faire. Espérons que cela ira dans le bon sens. Les enfants qui commencent à la Koninklijke Balletschool et qui ont l'ambition de devenir un jour danseurs de ballet sur scène doivent pouvoir rêver et avoir des modèles à admirer. C'est tellement important.

-Qu'y a-t-il encore à venir après Cinderella au JBA ?

A.H. : Avec « Cinderella », la saison ne s'arrête pas, bien sûr. En compensation, une soirée consacrée exclusivement aux œuvres modernes est prévue en avril à l'Opéra. Cela permet à nos danseurs de passer d'un style de danse à un autre. Au programme, une version du « Boléro » de Ravel, une chorégraphie contemporaine d'Ihsan Rustem. Nous présenterons aussi une création du jeune chorégraphe britannique Andrew McNicol qui viendra travailler avec nos danseurs en novembre, ainsi qu'une chorégraphie d'Altea. Nous terminons la saison avec une nouvelle version de nos « Miniatures ». Une série de nouvelles chorégraphies, encore une fois une palette diverse d'émotions, de couleurs et de styles.

C'est maintenant l'attente du scintillant « Cinderella » du JBA, une fête pour les yeux et les oreilles. Un spectacle qui séduira les jeunes cœurs.

QUI : Junior Ballet Antwerp

QUOI : Cinderella

OÙ : Handelsbeurs, Antwerpen

QUAND : 17 février 2023 (première) jusqu'au 26 février 2023.


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